“J’aurais pu ne rien voir venir” / By NATHALIE BLAU Jpost 10/20/2015

J’aurais pu être la prochaine. Il a failli me planter. Je vais bien. » Ce message posté par Sarah Blum, mercredi 14 octobre à 17 h 42 sur son mur Facebook, en dit long. Quelques instants plus tôt, cette Franco-Israélienne de Tel-Aviv, a réchappé d’un attentat à l’arme blanche. Les bons réflexes au bon moment, combinés à une chance inouïe, lui ont permis d’éviter le pire. Démasqué, son agresseur a finalement renoncé à la poursuivre, avant de poignarder une autre victime, une femme de 72 ans, qui s’apprêtait à monter dans un bus.

Ce 14 octobre, Sarah Blum a passé la journée à Jérusalem. Après le campus de Guivat Ram, elle se rend à la gare routière, pour un rendez-vous chez le médecin. Quand elle descend du bus 68, il ne lui reste que quelques mètres à franchir sur la rue Yaffo pour rejoindre le bâtiment Shaarei Hair (les portes de la ville) où a lieu la consultation. Le climat tendu qui règne dans le pays la pousse à une extrême vigilance. « J’étais en ligne avec ma mère, les écouteurs dans les oreilles et le téléphone dans ma poche, mais c’était plus une conversation en fond sonore pour la rassurer. Je regardais les gens autour de moi, surtout les mains, car le visage ne veut rien dire. »

Installée en Israël depuis plusieurs années, Sarah Blum n’en est pas à sa première crise sécuritaire. Il y a un an, les agressions au couteau, déjà, les voitures-béliers, la tuerie de Har Nof l’avaient poussée, comme beaucoup d’Israéliens, à s’inscrire à un cours de Krav Maga. Ironie du sort, la veille de l’agression, elle avait repris l’entraînement, après des mois d’interruption pour des raisons de santé. Histoire de lui rappeler quelques techniques de gestion de crise.

Ce 14 octobre, c’est aussi le jour qu’a choisi Ahmed Shaban, Palestinien de 23 ans de Jérusalem-Est, pour planter sa lame dans des individus juifs, quelque part à proximité de la gare routière. Sur le trottoir, il attire l’attention de Sarah Blum : « Il avait le poing fermé, au niveau de la ceinture. Je me suis dit, tiens, il marche bizarrement avec sa main comme ça. » La jeune femme essaye de s’en écarter, se déplace vers la droite, il suit sa trajectoire. Elle revient vers la gauche, il l’imite encore. Elle est à un mètre et demi de lui. Le regarde droit dans les yeux. Shaban sort un couteau de sa poche. « Il a vu que je l’avais vu, que j’avais compris ce qui se passait. »

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Sa solution : renforcer les liens citoyens, créer des passerelles, comme à travers le mouvement Les Femmes pour la paix, « une manière de faire en sorte que les femmes, et quelques hommes se rencontrent dans le concret ». Mais aussi donner la parole aux Arabes israéliens qui veulent bien la prendre, comme la journaliste Lucy Arish ou la mère de Mohammad Zoabi. Il y en a d’autres, ajoute-t-elle, « tous ceux qui vivent dans le triangle, à Yaffo ou à Jérusalem-Est prêts à dire réellement ce qui se passe chez eux. C’est un exploit pour eux car le simple fait de s’exprimer pour la paix les met en danger ».
Rééduquer la jeune génération, remodeler les esprits. Mais cela prendra encore beaucoup de temps, déplore-t-elle. « Et du temps, nous n’en avons pas trop, car des gens meurent, et cela engendre la haine. Je ne sais pas comment j’aurais réagi si j’avais été lacérée de coups de couteaux. »

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